Naufrage du Madjihira

“Le bateau n’était pas en état de faire la traversée”

 

Questions à Soilih Mahamoud procureur de la République:

 

Où en est l’enquête sur le naufrage du boutre Madjihira ?

C’est toujours en cours. J’ai ouvert une enquête pour homicide involontaire, complicités et non-assistance à personnes en danger. Beaucoup de personnes ont été entendues par les gendarmes. Le commandant du bateau, des membres de l’équipage, le responsable de la capitainerie, des transports maritimes.

Que sait-on des causes de ce naufrage ?

Le bateau s’est mis à dériver à cause d’une panne des moteurs. Il a tangué jusqu’au rivage. C’est là qu’il s’est échoué. Après, il n’y avait pas de gilets de sauvetage à bord. S’il y en avait eu, il n’y aurait pas tant de morts aujourd’hui. Aucune des victimes décédées ne portait de gilet de sauvetage quand on a retrouvé leur corps.

L’état du bateau est donc en cause ?

Ceux qui ont fait partir le bateau sont responsables de ce naufrage. Ce n’est pas la première fois que l’armateur de ce boutre connaît des problèmes. Il savait que le bateau n’était pas en état de faire la traversée. En plus, il n’était pas assuré. L’embarcation a quitté le port sans assurance.

Sait-on combien de personnes sont portées disparues ?

Il y a eu une magouille au niveau du manifeste du bateau qui annonce que 93 personnes étaient à bord. Mais en additionnant le nombre de rescapés au nombre de morts, on est déjà bien au-dessus de ce chiffre officiel.

 

 

Polémique autour du nombre de passagers à bord du Madjiriha

 

"Nous n’avons plus confiance en l’armateur”. Le colonel Ismael Mogne Daho répond ainsi quand on lui demande s’il sait combien de personnes sont encore dans l’eau. Hier après-midi s’il déplorait la mort de 57 personnes, il disait donc ignorer le nombre exact de personnes se trouvant à bord. “L’armateur nous a d’abord dit 80. Puis 90. Là, déjà avec les morts et les rescapés, nous sommes à plus de 110.” Officiellement, le boutre transportait 93 personnes, équipage compris. Théoriquement, un boutre ne peut pas accueillir plus de 70 personnes. C’est dire si la surcharge a joué un rôle déterminant dans la gravité de cet accident. Une enquête, dirigée par le procureur de la République de Moroni et menée par la gendarmerie de l’Union des Comores, va donc devoir établir les responsabilités dans ce drame. Le capitaine du bateau, qui fait partie des rescapés, a d’ores et déjà été entendu par les enquêteurs. Certains rescapés rencontrés par des journalistes comoriens à l’hôpital El-Maarouf ont déclaré qu’il y avait 200 personnes à bord du boutre. “Le chiffre varie entre 150 et 200 personnes à bord selon les témoignages”, explique Saïd Ahmed coordinateur des affaires civiles et militaires. Un naufragé a raconté sur une radio locale que lorsque le chiffre de 130 passagers avait été atteint, il avait informé le capitaine. Mais celui-ci aurait continué à faire monter les voyageurs. Une telle surcharge s’explique par le fait que le Ville de Sima, un autre bateau assurant la liaison, n’avait pas pu quitter le port de Moroni à cause de problèmes techniques. Les passagers avaient donc été ajoutés à ceux du Madjiriha. Il est aussi habituel que des voyageurs fassent le trajet à l’œil. Ce qui rend d’autant plus incertain le nombre réel de personnes à bord. Les enquêteurs devront dire comment l’Autorité portuaire des Comores a pu laisser partir un bateau en surcharge évidente. Outre cette surcharge qui représente un facteur aggravant, il y a cette panne de moteur qui pose question. D’autant que selon les informations relayées dans les médias comoriens et confirmée hier par Saïd Ahmed, le Madjihira avait déjà été victime d’une panne de moteur samedi. Partant d’Anjouan, il avait dû revenir au port pour une réparation avant de repartir vers Grande Comore. Son avant-dernier voyage.

 

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