Le twarab

Le twarab — appelé ainsi aux Comores, et appelé taarab à Zanzibar — est un concours de chant. Ce terme provient de la racine arabe طرب signifiant joie par la musique.

Tandis que des musiciens jouent des thèmes improvisés sur des airs connus, les chanteurs improvisent des paroles, le plus souvent ironiques et pleines d'esprit, prétexte à toutes les moqueries, mais aussi, à transmettre divers messages codés aux oreilles qui savent entendre. Les performances viennent autant du chanteur que du musicien.

Alors qu'aujourd'hui, à Zanzibar, les taarabs n'ont rien perdu de leur esprit caustique d'antan, aux Comores, les twarabs sont le plus souvent organisés dans les mariages et comportent des paroles écrites pour la circonstance.

Les femmes y sont également admises et peuvent chanter.

 

L'ARRIVÉE DU “TWARAB”
La scène musicale comorienne connaît une profonde mutation dans les années 60, avec le retour massif des Comoriens immigrés en Tanzanie, et notamment à Zanzibar, qui rapportent avec eux le “twarab” (de l'arabe tariba : être ému). À l'origine chanté en arabe, puis en kiswahili, ce genre est bientôt adopté dans tout l'archipel. Il est intégré aux cérémonies du “Grand mariage” et, poussés par les autorités, certains auteurs se mettent à écrire des chansons de “twarab” en comorien. De même que leurs cousins les orchestre de “taarab” (orthographe adopté par les anglophones) de Zanzibar, Dar es-Salaam ou Mombasa, qui sont organisés en clubs (influence britannique oblige), les orchestres comoriens de “twarab” regroupent sur le mode associatif (francophonie aidant) des musiciens amateurs jouant essentiellement pour leur plaisir.
Un ensemble complet est constitué d'un chœur masculin/féminin répondant aux solistes, d'une section de violons, violoncelles et contrebasse, à laquelle s'ajoute le “oud” (luth arabe), le “kanoun” (cithare), le “ney” (flûte), le tambourin et la “derbouka” (percussion en forme de sablier) pour ce qui est des instruments orientaux, l'accordéon, l'orgue et la guitare électrique pour la partie occidentale de l'instrumentation. Ce type de formation peut regrouper jusqu'à une cinquantaine de musiciens. Ils interprètent une musique fortement inspirée par les grands orchestres égyptiens. Les rythmiques aux balancements hérités de l'Afrique de l'Est lui donnent une saveur très particulière, entre douce nonchalance et piment d'extase.
Au cours des dernières décennies, l'instrumentatrium et les orchestrations ont subi l'influence de la modernité occidentale, avec notamment l'emploi d'instruments électrifiés et la réduction du nombre de musiciens. En effet, les ensembles qui veulent se professionnaliser en se produisant dans les hôtels ne peuvent pas se présenter à vingt ou trente personnes. Ainsi les très grandes formations n'apparaissent en public qu'à l'occasion des mariages et plus particulièrement des cérémonies du “Grand mariage” où, comme l'indique Moussa Saïd, « le twarab est joué deux jours avant l'entrée solennelle du mari dans la maison nuptiale ».
« Cette musique est rapidement devenue une sorte de divertissement réservé aux riches, car pour pouvoir en bénéficier, il faut investir des sommes faramineuses, poursuit-il. Les chansons sont souvent écrites sous forme d'éloges et les courtisans se sont servi du twarab pour louer à la fois les dirigeants et les descendants des anciens princes ». S'il n'y a pas d'orchestre national à proprement parler, l'État s'entend à faire travailler l'orchestre phare à son service, de même qu'au temps des cours féodales, la chanson épique faisait l'éloge des princes et des sultans. Lors du voyage de François Mitterrand dans l'archipel, par exemple, les autorités comoriennes ont demandé à l'orchestre Ngaya de composer une chanson en l'honneur du chef de l'État français.

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